Valery Guyot-Sionnest, pionnière du funeral planning en France

Publié le 14 juillet 20268 min
J

Jérémy

Co-fondateur de Verso Obsèques

Pionnière du funeral planning en France, Valery Guyot-Sionnest a donné forme à une profession nouvelle : accompagner les familles dans toutes les dimensions d'un dernier adieu.

Valery Guyot-Sionnest, pionnière du funeral planning en France

Lorsqu'un décès survient, le temps semble s'arrêter. Pourtant, tout s'accélère.

Il faut prévenir les proches, comprendre les démarches, choisir une cérémonie, trouver les mots, coordonner les intervenants et prendre une succession de décisions alors que l'on se sent parfois incapable d'en prendre une seule.

C'est dans cet espace fragile, entre la sidération et l'urgence, que Valery intervient. Depuis plus de douze ans, elle devient, pour quelques jours ou davantage, le point fixe autour duquel une famille peut s'appuyer.

Son métier porte un nom encore inhabituel en France : funeral planner (un terme qu'elle a naturellement adopté du fait de son identité franco-anglaise). Elle fut la première à en structurer la pratique dans l'Hexagone et à la faire connaître au grand public.

D'une carrière dans la communication à une vocation humaine

Le parcours de Valery ne mène pas en ligne droite au funéraire. Pendant près de trente ans, elle dirige la communication de grandes maisons du secteur de l'hôtellerie, de la gastronomie, de la cosmétique et du luxe. Un terrain d'apprentissage exigeant, où le sens du détail, la gestion d'événements sous forte pression et l'art du service sur mesure deviennent une seconde nature.

Mais, au fil du temps, une autre aspiration s'est imposée : mettre cette expertise au service d'une activité dont l'utilité humaine serait immédiate.

Sa reconversion n'a rien d'une improvisation. Elle suit une formation de dirigeante d'entreprise funéraire, exerce comme conseillère et obtient son diplôme avant de lancer, en 2014, une structure consacrée à l'organisation d'obsèques personnalisées. Elle développe ensuite son activité en partenariat avec les professionnels et les équipes du groupe Funecap. Son parcours montre que la sensibilité, si indispensable soit-elle, ne suffit pas : accompagner une famille exige aussi une connaissance rigoureuse du secteur funéraire.

Un point de repère lorsque tout devient difficile

Le funeral planner ne remplace ni les pompes funèbres ni les différents professionnels réglementés qui prennent en charge le défunt. Il travaille avec eux et crée un lien entre leurs interventions, les volontés de la personne disparue et les besoins de ses proches.

Dès le premier appel, Valery se rend entièrement disponible. Elle accompagne la famille avant, pendant et après les obsèques. Son rôle commence avec les grandes décisions, mais s'étend aussi à toutes ces questions apparemment secondaires qui deviennent immenses lorsque l'on est endeuillé.

Comment accueillir un enfant pendant la cérémonie ? Que faire de l'animal du défunt ? Qui ira chercher un proche à la gare ? Comment annoncer le décès ? Dans quel ordre faire intervenir les amis ? Une personne très émue pourra-t-elle lire son texte ? Que prévoir pour celles et ceux qui ne pourront pas être présents ?

En allégeant cette charge mentale, elle offre aux familles quelque chose de précieux : le droit de ne pas avoir à tout maîtriser.

Comprendre une personne que l'on n'a pas connue

Pour concevoir un hommage juste, Valery doit entrer très rapidement dans une histoire familiale. Elle écoute les souvenirs, observe les silences, perçoit les accords comme les tensions et tente de comprendre ce qui rendait la personne disparue véritablement singulière.

Les fleurs, la musique ou les textes ne sont alors pas de simples éléments décoratifs. Ils deviennent un langage.

Un livret peut prendre la forme d'un catalogue d'exposition pour saluer un artiste. Une chanson peut restituer une complicité que les proches ne parviennent pas à raconter. Un objet, une couleur ou un geste partagé peut réunir l'assistance autour d'un souvenir commun.

Cette personnalisation ne se mesure pas à son caractère spectaculaire ni à son coût. Une attention très simple peut parfois porter davantage de sens qu'un dispositif considérable. L'essentiel réside dans sa justesse : reconnaître la personne qui s'en va et permettre à ceux qui restent de se dire qu'ils ne l'ont pas trahie.

L'attention portée à l'invisible

Le travail de Valery englobe la préparation de cérémonies laïques ou religieuses, les faire-part, les annonces dans la presse, les fleurs, les déplacements, l'accueil des invités, les prises de parole, la réception qui suit les obsèques ou encore la création d'un lieu de mémoire.

Mais sa valeur se révèle aussi dans ce qui ne se voit presque pas.

Elle peut faire répéter un discours à une personne qui redoute de s'effondrer, prévoir une solution pour les enfants, anticiper la présence d'un invité inattendu ou veiller à ce qu'une famille dispose enfin de quelques minutes seule. Elle sait quand proposer, quand décider et quand s'effacer.

Cette présence discrète n'efface pas la douleur. Elle lui donne un cadre suffisamment sûr pour que les proches puissent la traverser ensemble.

Son expérience l'a conduite à accompagner plus de 300 familles, anonymes ou célèbres. Juliette Gréco, Agnès Varda, Guy Bedos ou Hélène Carrère d'Encausse figurent parmi les personnalités auxquelles elle a contribué à rendre hommage. Mais elle insiste sur une conviction essentielle : la notoriété ne change rien à la valeur d'une existence. Devant la perte, toutes les familles ont besoin de la même écoute et du même respect.

Préparer les obsèques pour mieux protéger ses proches

Le travail de Valery ne commence pas nécessairement après un décès. Elle accompagne aussi les personnes qui souhaitent réfléchir à leurs propres obsèques.

Parler de ses volontés reste difficile dans de nombreuses familles. Le sujet semble porter malheur ou menacer l'équilibre du quotidien. Valery défend une vision inverse : anticiper ne rapproche pas de la mort, mais peut éviter aux proches de devoir deviner, dans l'urgence, ce que l'on aurait souhaité.

Choisir une musique, préciser le caractère religieux ou laïque de la cérémonie, désigner les personnes à prévenir ou simplement écrire quelques lignes constitue déjà une forme de protection. Ce n'est pas programmer sa disparition : c'est alléger le poids qui reposera un jour sur les autres.

Cette réflexion traverse son livre, Ultimes Cortèges – Remettons la mort dans la vie, publié le 10 octobre 2025 aux éditions Leduc et écrit avec la collaboration d' Emmanuelle Cosso. Valery y partage son expérience, de s de de als et une conviction devenue le fil rouge de son engagem parler de la fin de vie peut nous aider à mieux prendre soin de la v présente.

Penser aussi la sépulture

L'accompagnement de Valery ne s'arrête pas à la cérémonie. Lorsqu'une famille ne dispose pas encore d'un lieu pour accueillir son défunt, elle la guide également dans la conception et la réalisation d'un monument funéraire, ou d'un lieu d'hommage pensé pour la personne disparue. Valery apporte aussi ses conseils grâce à sa connaissance de la vie dans les cimetières, pour rénover ou restaurer une sépulture existante.

De la sépulture la plus sobre à l'œuvre d'art funéraire, toutes les échelles sont envisageables. Valery a ainsi accompagné une famille dans la construction d'une chapelle conçue comme un arc de triomphe. Validé par les architectes des Bâtiments de France, l'édifice est réalisé en marbre blanc de Carrare et orné de vitraux confiés à un atelier reconnu.

Une pionnière, mais surtout une présence

Réduire Valery à l'organisatrice de cérémonies extraordinaires ferait passer à côté de l'essentiel.

Son véritable savoir-faire consiste à protéger les familles de tout ce qui pourrait ajouter de la confusion à leur peine. Elle transforme une multitude de contraintes en un chemin lisible. Elle permet aux proches de ne plus être seulement les organisateurs d'une journée difficile, mais de redevenir des enfants, des parents, des conjoints ou des amis venus dire au revoir.

En introduisant le funeral planning en France, elle n'a donc pas simplement ajouté un nouveau métier au secteur funéraire. Elle a mis en lumière un besoin longtemps resté sans nom : celui d'une personne exclusivement consacrée à la famille, capable de conjuguer organisation, écoute, culture du détail et intelligence des émotions.

Valery Guyot-Sionnest travaille autour de la mort, mais son attention se porte résolument vers les vivants. Vers leur fatigue, leurs doutes, leurs souvenirs et leur besoin de sentir qu'au milieu de l'épreuve, l'histoire de la personne aimée a été entendue.

C'est probablement là que réside la plus belle définition de son métier : prendre soin d'un dernier adieu pour aider ceux qui restent à poursuivre leur chemin.

Questions / réponses

Q1Le détail qui révèle ce qu'une famille ne parvient pas encore à formuler

« Ce sont rarement des choses qui se révèlent d'emblée. En discutant avec une famille, certains aspects de la personne disparue échappent d'abord à ceux qui l'ont le mieux connue — parce qu'on ne voit jamais tout à fait quelqu'un de l'intérieur. Le regard extérieur du funeral planner aide justement à faire émerger ce qui semblait une évidence, mais que personne n'avait encore su nommer. C'est en prenant le temps d'écouter l'histoire de vie de chacun, à travers les échanges, que ce besoin remonte naturellement à la surface — et que l'on peut ensuite construire un hommage qui, une fois proposé, paraît avoir toujours été une évidence. »

Q2Quand plusieurs proches racontent des versions différentes du défunt

« Je compose. J'intègre chacun des points de vue et je cherche le chemin qui réunit le plus beau dénominateur commun entre eux. Il arrive que cela nécessite l'appui d'un autre organisateur, pour que plusieurs interlocuteurs puissent s'exprimer sans que tout repose sur une seule personne. C'est un peu un gentleman's agreement : l'art de la composition, où il s'agit avant tout de retrouver le chemin du cœur. »

Q3Le geste presque invisible qui aide le plus une famille

« Je ne parlerais pas d'un geste, mais plutôt d'une attitude, d'une présence de A à Z. Une position très précise : ne jamais être assise, rester attentive à l'assemblée pour pouvoir intervenir à tout moment — une crise d'angoisse, un malaise, un enfant qu'il faut accompagner discrètement aux toilettes, un micro à ajuster. Être présente à 100 %, à chaque instant, pour tout le monde : c'est cela, je crois, qui aide le plus une famille. »

Q4Créativité et petit budget

« La créativité n'est pas une question d'argent. De nombreux fournisseurs proposent de la location, et un simple ruban ou un morceau de tissu peut suffire à créer un rituel : se réunir autour d'un geste symbolique, nouer des rubans ensemble. On peut aussi se servir d'objets personnels de la famille, ou tout simplement demander à l'entourage d'apporter quelque chose qui évoque la personnalité du défunt — une couleur, un chapeau... C'est souvent dans ces détails-là que se loge le plus de sens. »

Q5Accueillir les enfants

« Cela dépend beaucoup de leur âge. Chaque enfant trouve la place qu'il décide d'occuper : il faut être à leur écoute, les laisser cheminer à leur rythme, et ne leur donner des conseils que s'ils en demandent. Je ne prends jamais la responsabilité de choisir à leur place — je me contente de recommandations, fondées sur l'expérience, jamais d'injonctions. »

Q6Reconnaissance et transmission du métier

« J'aimerais que naisse une véritable académie du funeral planning. Mon expérience passée à la direction de communication m'a appris qu'il existe une ligne directrice : le savoir-être, le savoir-faire et le savoir-vivre. Cela suppose un profil très disponible, une ouverture d'esprit presque internationale, et une formation funéraire obligatoire. C'est ce cadre-là que je souhaiterais transmettre. »

Q7Ce qui ne devra jamais être standardisé

« Le funeral planner, par nature, ne peut pas être standardisé. C'est un peu comme la conciergerie d'un hôtel de luxe : tout est sur mesure. Cela part de l'organisation funéraire elle-même, puis s'étend à tous les services annexes, et cela demande une vraie compétence de communication — savoir adapter son discours face à chaque public, à chaque intervenant. Je pense par exemple à cette image assez belle : lors d'une cérémonie, un marbrier qui donne le biberon à un bébé pendant que les parents se recueillent. C'est ce genre de moment, profondément humain, qui ne pourra jamais être mis en formule. »

À propos de l'auteur

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Jérémy

Co-fondateur de Verso Obsèques

Co-fondateur de Verso Obsèques, Jérémy pilote la stratégie de contenu et le référencement de la plateforme avec l'objectif de rendre l'information funéraire accessible et sans jargon.

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