« Elle aurait voulu quoi, maman ? » Parler de ses volontés funéraires à ses enfants

Publié le 27 août 20267 min
VB

Virginie Barba

Conseillère funéraire diplômée

Expert funéraire

Cet article a été rédigé par un professionnel du secteur funéraire, référencé sur Verso Obsèques.

« Elle aurait voulu quoi, maman ? » Parler de ses volontés funéraires à ses enfants

« Elle aurait voulu quoi, maman ? » Parler de ses volontés funéraires à ses enfants

Un frère et une sœur, assis à une table, en face de moi. Tous les deux déjà âgés. Leur mère venait de mourir, et il fallait organiser ses obsèques.

Ils se sont déchirés pendant vingt minutes. Pas sur le cercueil, pas sur la crémation, pas sur l'argent.

Sur un encart dans le journal local.

Lui en voulait un. Elle non. Le ton est monté comme il monte entre un frère et une sœur qui se connaissent depuis soixante ans. J'ai fini par poser une question toute bête : est-ce que votre maman avait encore des amis en vie, qui auraient lu le journal et appris son décès comme ça ?

Ils se sont regardés. Ils ont réfléchi. Il n'y en avait pas.

Nous n'avons pas mis d'annonce. La conversation s'est arrêtée là.

Ce jour-là, ils ne se disputaient pas à propos d'un faire-part. Ils se disputaient parce qu'aucun des deux ne savait ce que leur mère aurait voulu, et qu'il fallait bien que quelqu'un décide. C'est ce que fait le silence : il ne provoque pas de grands conflits sur les grandes décisions. Il fait exploser les petites.

Vous avez peut-être déjà écrit vos volontés. C'est très bien. Mais si vos enfants ne savent pas que ce document existe, ils se retrouveront exactement à cette table.

Ce que le silence transfère à vos enfants

En France, vos volontés funéraires s'imposent à votre famille. Le principe est ancien : la loi du 15 novembre 1887 consacre la liberté des funérailles, et donner aux obsèques un caractère contraire à la volonté du défunt constitue une infraction pénale (article 433-21-1 du code pénal).

Mais cette protection suppose que vos volontés soient connues. Si personne ne les a lues, ce sont vos enfants qui trancheront, et vite. En cas de décès à domicile, la déclaration en mairie doit être faite dès que possible, sans délai légal fixe. À l'hôpital ou en maison de retraite, l'établissement s'en charge sous 24 heures. Une dizaine de décisions s'enchaînent dans les jours qui suivent, à un moment où ils n'ont ni dormi ni mangé correctement.

Et s'ils ne sont pas d'accord entre eux, ce n'est pas la famille qui arbitre. C'est le tribunal judiciaire, saisi en urgence, qui statue dans les 24 heures. Un juge décide alors ce que vous aviez déjà décidé.

Se taire n'est donc pas la solution. Vous transférez cette responsabilité, vos choix, à vos enfants.

Ce que la conversation n'est pas

Trois malentendus font reculer la plupart des gens. Autant les lever tout de suite.

Vous n'annoncez pas une mauvaise nouvelle. Vous n'êtes pas malade, il ne se passe rien. C'est précisément ce qui rend le moment bon : personne n'est sous pression, aucune décision n'est à prendre aujourd'hui.

Vous ne demandez pas la permission. Ce sont vos obsèques. Vous n'avez ni à justifier vos choix, ni à les faire valider.

Vous transmettez une information pratique. Ce que vous avez à dire tient en une phrase : un document existe, voilà ce qu'il contient, voilà où il est. C'est court, et c'est cette brièveté qui rend la chose faisable. Ça passera mieux, croyez moi.

Selon l'âge de vos enfants

Un enfant

On ne fait pas asseoir un enfant de huit ans pour lui lire une checklist funéraire.

Ce qu'il a besoin de savoir tient en deux idées : vous n'êtes pas en train de mourir, et un adulte de confiance sait quoi faire s'il arrive quelque chose un jour. Le détail de vos volontés n'est pas pour lui, il est pour l'adulte que vous avez désigné. Mais vous avez tout préparé pour que s'il vous arrive quelque chose, il puisse vous dire au revoir.

S'il pose des questions, répondez avec des mots exacts. Évitez « partir », « s'endormir », « nous quitter ». Les euphémismes n'épargnent rien à personne : ils rendent le mot « mort » plus effrayant qu'il ne l'est, et un enfant qui entend qu'on « s'endort pour toujours » a de bonnes raisons d'avoir peur d'aller se coucher.

Un adolescent

C'est souvent le meilleur interlocuteur, et le plus sous-estimé.

Un adolescent comprend parfaitement de quoi il s'agit et supporte mieux la vérité que les non-dits. Vous pouvez lui montrer le document, lui dire où il est rangé, lui expliquer pourquoi vous l'avez rempli. Certains posent beaucoup de questions, d'autres haussent les épaules et changent de sujet. Dans les deux cas, l'information est passée.

Un point qui compte à cet âge : dites-lui explicitement qu'il n'aura pas à s'en occuper seul, et qui s'en occupera. Et parlez-lui argent ! Vous verrez ce sera peut-être sa première préoccupation …

Un enfant adulte

C'est le cas le plus fréquent, et le plus délicat. C'est lui qui organisera. C'est aussi lui qui, souvent, refuse d'en entendre parler.

Deux points à traiter absolument.

Les documents. Pas seulement vos volontés : l'existence éventuelle d'un contrat obsèques, l'endroit où sont vos papiers importants, les coordonnées de votre notaire s'il y en a un. Et un mot au passage : un contrat obsèques ne remplace pas des volontés écrites. Il finance, parfois il organise, mais il ne dit pas quelle musique vous vouliez.

La fratrie. S'ils sont plusieurs, dites la même chose à tous, si possible en même temps. La plupart des tensions que j'ai vues autour d'une table ne venaient pas d'un désaccord de fond, mais du sentiment que l'un savait et pas les autres. Une conversation collective, même courte, vaut mieux que trois conversations séparées.

Les phrases qui ouvrent, celles qui ferment

Entrer dans le sujet compte plus que ce qu'on dit ensuite.

Ce qui fonctionne

  • « J'ai rempli un document avec mes volontés pour mes obsèques. Je te dis où il est, tu n'as rien à faire pour l'instant. »
  • « Tu te souviens de l'enterrement de X, où personne ne savait ce qu'il voulait ? Je ne veux pas vous faire ça. »
  • « Ce n'est pas urgent et je vais très bien. C'est juste réglé, et je préfère que tu le saches. »

Ce qui ferme la conversation

  • Commencer par « il faut qu'on parle ». La phrase déclenche une inquiétude qui parasite tout le reste.
  • Choisir un moment solennel. Une conversation annoncée comme grave le devient. En voiture, en cuisinant, pendant une marche : le sujet passe mieux quand les regards ne se croisent pas.
  • Tout dire d'un coup. Vous n'avez pas besoin de détailler le choix des fleurs. L'essentiel, c'est que le document existe et qu'on sache où il est.

S'ils refusent d'en parler

Cela arrive souvent, et ce n'est pas un échec.

« On verra ça plus tard. » « Arrête, tu vas nous enterrer tous. » « Je ne veux pas y penser. » Ces réponses ne veulent pas dire je refuse ton information. Elles veulent dire j'ai peur de te perdre.

N'insistez pas. Terminez par une phrase qui laisse la porte ouverte et l'information transmise :

« D'accord, on n'en parle pas. Sache juste que le document est dans le tiroir du bureau. Tu n'auras pas à chercher. »

Vous avez fait le principal. Le sujet reviendra plus tard, souvent à leur initiative.

Après la conversation

Trois choses concrètes pour que ce travail serve vraiment.

Rangez le document à un endroit accessible. Un coffre bancaire ou un notaire est une mauvaise idée : ce sera bloqué au décès, précisément quand on en a besoin, et ouvert une fois la cérémonie passée, pour la succession. Il vaut mieux miser sur un endroit connu de vos proches.

Assurez-vous que deux personnes au moins savent où il est. Une seule, c'est fragile. Sous le coup de l'émotion, on peut oublier.

Relisez-le tous les deux ou trois ans et datez-le. Vos choix, vos goûts changent, votre situation familiale aussi.

Je connais cette question de l'intérieur. À 30 ans, j'ai dû choisir un cercueil pour ma mère sans savoir si elle voulait être inhumée ou crématisée. Nous n'en avions jamais parlé, et je ne saurai jamais si j'ai bien fait.

C'est cette incertitude-là qu'on épargne à ses enfants. Pas en écrivant un document parfait, en leur disant qu'il existe.

Le document, c'est la moitié du travail. La conversation, c'est l'autre moitié. Et c'est celle qui compte vraiment pour eux.

Ma grand-mère, elle, a tout organisé. Et surtout, elle en parle. Depuis que je suis petite, le sujet n'a jamais été tabou chez elle : ça se dit à table, entre deux autres choses. Ses documents sont dans son placard. Il y a même un cahier où elle a noté, de sa main, tout ce qu'elle voulait.

Le jour où elle mourra, j'aurai du chagrin mais je n'aurai pas de doute.

Elles sont pourtant de la même famille, je vous assure ! Et pourtant en tant que fille et petite-fille, je vis deux expériences littéralement opposées et vous laisse deviner laquelle je vis le mieux ?

Questions fréquentes

Mes volontés funéraires s'imposent-elles vraiment à ma famille ?

Oui. La loi du 15 novembre 1887 consacre la liberté des funérailles, et donner aux obsèques un caractère contraire à la volonté du défunt constitue une infraction pénale (article 433-21-1 du code pénal) — à condition que ces volontés soient connues.

Que se passe-t-il si mes enfants ne sont pas d'accord entre eux ?

C'est le tribunal judiciaire, saisi en urgence, qui statue dans les 24 heures. Faire connaître ses volontés de son vivant évite ce recours.

Un contrat obsèques suffit-il, sans document écrit sur mes volontés ?

Non. Un contrat obsèques finance, parfois organise, mais ne précise pas des choix personnels comme la musique ou le type de cérémonie. Il complète des volontés écrites, il ne les remplace pas.

Où faut-il ranger le document contenant ses volontés ?

Dans un endroit accessible et connu d'au moins deux proches — pas dans un coffre bancaire ou chez un notaire, qui restent bloqués au moment précis où l'on en a besoin.

Résumé pratique

  • Vos volontés funéraires s'imposent légalement à votre famille (loi du 15 novembre 1887, article 433-21-1 du code pénal) — à condition qu'elles soient connues.
  • En l'absence d'information, un désaccord entre héritiers peut finir devant le tribunal judiciaire, avec une décision sous 24 heures.
  • Adaptez le fond du message à l'âge de l'enfant, mais le principe reste le même : un document existe, voilà où il est.
  • Rangez le document dans un lieu accessible connu d'au moins deux proches, et relisez-le tous les deux ou trois ans.

Rédigé par un professionnel du secteur

VB

Virginie Barba

Conseillère funéraire diplômée

Après une expérience en agence de pompes funèbres, Virginie accompagne aujourd'hui les particuliers dans la préparation de leurs obsèques de leur vivant, partout en France. Elle est également créatrice du podcast Beyond the Veil et organise les Cafés Mortels de Béthune.

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